PHS
Programme handicaps et sociétés
Programme Handicaps et Sociétés - EHESS
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75013 PARIS - FRANCE

L’école inclusive

Les défis de l’école inclusive en France : des attentes aux modalités concrètes

La nouvelle politique française, en ouvrant l’école ordinaire à tous les élèves handicapés, s’inscrit pleinement dans les orientations internationales qui, sur la base de considérations éthiques, politiques et économiques, promeuvent une « éducation inclusive », concept initialement développé dans les pays anglo-saxons et scandinaves par des acteurs de l’éducation spécialisée. Son principe général veut que l’école ordinaire réponde par une pédagogie adaptée aux besoins de chaque élève (special educational needs). Mais, si les notions d’ « éducation inclusive » et de « besoins particuliers » semblent faire aujourd’hui l’unanimité des acteurs du champ, elles restent mal définies et font l’objet d’appropriations distinctes selon les pays en fonction de leurs spécificités historiques.

En France, si le dispositif instauré par la loi du 11 février 2005 marque une étape décisive dans l’intégration des élèves handicapés en milieu ordinaire – entre 2000 et 2010, leur proportion serait passée de 50% à 72% – les formes d’inclusion restent diverses (classes ordinaires avec ou sans auxiliaire de vie scolaire, classes spécialisées en école ordinaire, établissements sanitaires et médicosociaux, des combinaisons étant possibles).

Des bilans très mitigés de ces nouvelles formes d’intégration scolaire sont aujourd’hui disponibles émanant notamment de pays en ayant une plus longue expérience. Les critiques pointent 1/ leur insistance sur la mission d’acquisition de connaissances et de compétences formelles au détriment de la mission de socialisation secondaire et de participation sociale ; 2/ l’échec de la catégorie « élèves à besoins particuliers » à éviter toute forme de stigmatisation ; 3/ une évaluation des performance des élèves qui amalgame capacités et motivation, conduisant à des exclusions secondaires (des évaluations, par exemple) ; 4/ pour la France, la difficile coopération entre les différents corps de métiers de l’éducation et du secteur médicosocial pour des raisons historiques de constitution du champ de l’éducation spécialisée. Malgré une littérature abondante, on manque en France de travaux empiriques solides postérieurs à la mise en place de la loi de 2005.

L’objectif est d’interroger la notion d’inclusion scolaire à partir des textes réglementaires, des discours et des attentes des protagonistes et de confronter ces différentes acceptions et les attentes qui y sont associées aux modalités concrètes de sa mise en œuvre dans le contexte français.  Quatre point orientations seront développés :

1- Contextualisation et ancrage historique. Plus qu’une simple revue de la littérature, il s’agit de faire une méta-analyse qui trace et de périodise les grands partages, les alliances et les controverses qui ont émaillé les pratiques éducatives au long du 20ème siècle en France et surtout depuis les années 1960, en s’appuyant sur les travaux existants.

2- Politique en acte. Constitution et analyse de contenu d’un corpus des documents produits par les acteurs du champ depuis 2005 (textes réglementaires, de recommandations, de manifestes, d’articles, de communiqués de presse…), ainsi que les productions relatives à l’école inclusive dans la préparation actuelle de la loi sur la refondation de l’école.

3- Questionnaires adressés aux élèves et à leur famille recueillant : 1/ la satisfaction des besoins éducatifs, tels que préconisés dans le PPS, la satisfaction des relations sociales dans le contexte scolaire et périscolaire et la qualité de vie des élèves ; 2/ la conscience et la mobilisation par les familles et leurs représentants du droit et des droits en matière de scolarité.

3- Observations ethnographiques de situations diverses d’inclusion d’élèves de niveau élémentaire et de niveau collègue présentant trois types de difficultés : troubles intellectuels et cognitifs, troubles du psychisme et troubles du langage et de la parole. Chaque situation fera l’objet d’observation in situ et d’entretiens avec l’élève, la famille, les enseignants impliqués dont l’enseignant référent, l’AVS et les intervenants des secteurs sanitaires et médicosocial, le cas échéant. Nous identifierons les attentes de chacun et la façon dont elles sont ou non satisfaites, les ressources et les contraintes, les difficultés, les arrangements, négociations et tensions…

La faisabilité est assurée par un partenariat avec la Direction de l’évaluation de la prospective et de la performance (DEPP) de l’Education nationale. Cette dernière met en place deux cohortes d’élèves bénéficiaires d’un PPS (15 000 élèves bénéficiaires d’un Plan Personnalisé de scolarisation).