Présentation

Le Programme Handicap et Sociétés est un dispositif innovant porté par des chercheurs de l’EHESS. Dédié aux études critiques sur le handicap et la surdité, il se définit comme un espace ouvert de rencontre entre disciplines, objets et chercheurs en SHS, autour des questions de handicap et de vulnérabilité. Son offre solide de formation et de recherche et les nombreuses activités d’animation qu’il initie, les partenariats qu’il a noués au-delà de la sphère académique, font du PHS un maillon fort de la structuration de la recherche nationale et internationale sur le handicap et une ressource précieuse pour des acteurs de plus en plus nombreux des mondes économique, médicosocial et associatif.

Rappel historique :

Le programme débute en 2006, en écho à la rénovation de la politique française du handicap (loi du 11 février de 2005), sous l’impulsion de la présidence de Danièle Hervieu-Léger, qui a confié à Marie Coutant, sa mise en place . Prolongeant la tradition de recherche sur la surdité et la langue des signes impulsée par Bernard Mottez, l’EHESS choisit de se saisir de l’injonction faite aux établissements publics d’entreprendre des actions concernant le handicap dans tous leurs domaines d’activités pour lancer un axe stratégique soutenu par un Plan Pluri-Formations du Ministère de la recherche. L’objectif est double : ouvrir l’Ecole à des publics différents et encourager la recherche en sciences sociales sur le handicap, encore peu développée en France. Les ressources pluridisciplinaires de l’établissement sont mobilisées pour organiser un cycle de conférences, de premiers séminaires se mettent en place avec une montée en charge progressive de l’offre. Les recrutements d’Isabelle Ville comme directrice d’études, en 2012, et d’Andrea Benvenuto comme maitresse de conférence en 2014, permettent le déploiement au sein du PHS de recherches innovantes.

Missions du PHS

Sa mission générale est d’offrir aux étudiants et chercheurs amenés à croiser ces objets à un moment de leur parcours de recherche, des outils théoriques et épistémologiques ainsi qu’une réflexion critique qui lui est propre.

Dans le double contexte de reconfiguration des Etats sociaux et du nouvel ancrage des politiques supranationales dans le répertoire de valeurs des « droits fondamentaux » et de lutte contre les discriminations, le traitement social du handicap a connu plusieurs déplacements, tant au niveau des référentiels que des dispositifs mis en œuvre. Au principe de solidarité nationale et d’intégration, elle substitue celui de non-discrimination, garant de « l’égalité des droits et des chances ». L’objectif d’intégration, visant essentiellement, l’éducation, la formation et le travail, par des techniques de réparation et de réadaptation, est remplacé par un objectif de « participation », visant l’accès aux différentes institutions et sphères de la vie sociale. L’allocation de ressources calculées sur un « taux d’incapacité » objectivé disparaît au profit d’un « droit à compensation » du handicap, fondé sur le projet de vie de chaque personne. Les transformations induites renouvellent assez radicalement les cadres de l’expérience quotidienne des publics visés. Moins présentes dans les institutions, les personnes handicapées peuvent désormais circuler dans les espaces sociaux communs par le biais de
dispositifs complexes, différents selon les étapes de la vie, auxquels participent un grand nombre d’acteurs, de procédures et d’objets, et devant répondre, dans une logique de « services », à des normes managériales de qualités et de résultats. La figure d’« usager-expert » se substitue à celle d’ « assisté ».

Dans le même temps, la notion même de handicap connait une forme de renversement. Passant du statut de catégorie sociale à celui de catégorie d’analyse, elle irrigue les champs de l’économie du développement et de la lutte contre la pauvreté ou encore de l’écologie et de l’environnement durable. Elle s’impose comme un outil pertinent pour penser le développement humain, comme une situation emblématique à partir de laquelle peuvent être reformulées des normes de justice sociale (capabilities), une référence pour concevoir un environnement pour tous (universal design), ou encore, pour ce qui concerne la surdité, d’élargir les frontières de ce qu’on entend par langue. L’analyse de ces transformations ouvre un énorme chantier au cœur de disability et de deaf studies renouvelées qui mobilisent l’ensemble des sciences humaines et sociales et croisent bon nombre de leurs objets.

Le PHS s’y est engagé en développant progressivement une offre de formation riche et diversifiée, une animation scientifique dynamique et incitative et des opérations concrètes de recherches transversales aux disciplines et aux objets des SHS. Ses activités nourrissent en retour les manières de penser le handicap tant comme révélateur des modes d’organisations sociales que comme outil de leur transformation. Elles se prolongent et disséminent au travers de l’animation d’un réseau de jeunes chercheurs et des coopérations avec les mondes économique, social et médico-social, le secteur associatif, l’accompagnement des étudiants en situation de handicap, l’engagement dans des réseaux nationaux et internationaux, la contribution au développement d’une revue académique.